Joumana Haddad, journaliste et poétesse libanaise, est la fondatrice et directrice en chef de la revue littéraire et érotique arabophone « Jasad » (le corps, en arabe), paru pour la première fois en Décembre 2008. Cette revue traite du corps dans tous ses états : de sa place au cœur de la société, comme sujet artistique et littéraire, et bien sûr dans sa dimension sexuelle. Sa fondatrice explique que son pari était de briser certains tabous en utilisant la langue arabe et rappelle à ses détracteurs que de nombreux textes classiques du monde arabe mettent à l’honneur l’érotisme.
Joumana Haddad, prend le parti de la libre expression : loin d’être pornographique sa revue littéraire et érotique ne cherche pas non plus à s’opposer à la religion (quelle qu’elle soit). Son dessein se veut universel : mettre le corps au cœur de toutes les problématiques qui le concerne, sans tabou, sans faux semblant et surtout sans censure.
Cette initiative, critiquée, encensée, dénigrée et admirée, a le mérite de remettre au goût du jour la question de la liberté sexuelle, question (malheureusement) honteuse pour certains.
Cette revue littéraire, précurseur dans le domaine, a toutefois été l’objet de nombreuses menaces, malgré un important lectorat présent dès le premier numéro. Dans le monde arabe, qu’il soit chrétien ou musulman, les tabous et la censure autour du corps et de la sexualité restent omniprésents. Dans ce contexte, la démarche que propose Joumana Haddad est d’autant plus remarquable : offrir au corps une tribune de libre expression.
Les sujets traités sont variés : l’homosexualité, le fétichisme, la masturbation, le plaisir, le pénis ou encore la lingerie. Des récits érotiques ainsi que des photos dévoilant tant le sexe féminin que masculin complètent le panel proposé. Ces thèmes sont abordés librement par des écrivains et artistes qui n’hésitent pas à s’exposer (l’utilisation d’un pseudonyme n’est pas autorisée) et à exposer leur point de vue sur le sujet.
Comme le précise Joumana Haddad, Jasad n’est pas la version arabe de playboy, et son principal objectif reste de se défaire des tabous, représentés par les menottes attachées sur le J de Jasad sur la couverture du magazine.
L’existence d’une telle revue dans des pays où le conservatisme est de rigueur à toutes les échelles de la société est un premier pas vers l’acceptation d’une nouvelle manière de vivre qui met au centre de ses préoccupations l’individu et ses choix. Choix d’assumer sa sexualité, ses envies, ses plaisirs et choix d’en parler sans crainte ni honte.
Le succès de ce projet démontre parfaitement l’universalité de sujets liés à la sexualité qui ne connaissent pas de frontière. Sans parler au nom des « femmes arabes », terminologie dénuée de sens à ses yeux, cette femme d’exception parle au nom des amoureux de la liberté : liberté de leur corps, liberté de leur expression et surtout liberté d’assumer ce qu’ils sont, un corps avec une âme.
Mia

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