« Petite salope »

Deux mots qui résonnent dans ma tête depuis des semaines, au rythme de tambours de guerre. Une obsession irrationnelle. Un « salope » dur, atténué par une « petite » tout doux. Déjà en soi une contradiction.

La nuit, dissimulé sous la couette, je les murmure lentement. Je veux profiter. J’aime comme ils roulent dans ma bouche. J’aime le « tite » et le « lope », ces deux moments où la langue touche le palais, vient l’accrocher avant d’éclater. Des sons qui claquent comme des gifles. Dans le noir, j’en rougis.

Je voudrais pouvoir les dire à quelqu’une, comme un bâton de relais, quelque chose que je peux donner à une personne, pour me débarrasser et me libérer. Depuis le temps que ça bout, je crois que je pourrais en jouir. Les mots m’échapperaient, viendraient habiter l’autre dans un spasme. Cependant, dans le monde réel, je suis aphone.

La bouche contre l’oreille, alors qu’elle roule par vagues sous moi, je lutte. Je fronce les sourcils, je me racle la gorge en silence. Comme si je pouvais forcer les mots à sortir. Mais je suis terrifié par ce qu’on pourrait en penser.
J’ai peur de trop surprendre, de sortir du cadre dans lequel on m’imagine. Ce n’est pas comme si je pouvais prévenir. D’autant que je n’ai pas d’explication rationnelle à fournir à mon comportement, je ne saurais pas me justifier. J’en ai besoin, il faut que je le dise, je ne peux pas te dire pourquoi, je ne sais pas. Comprends-moi. Explique-moi, toi.

Cela ne fonctionne pas. Cela ne sort pas. Cela continue à ravager mes pensées.

Jusqu’au bon moment, la bonne fille, le je ne sais quoi qui fera que la langue se déliera, les mots que l’on assassine de leur petite mort.

Petite salope.

Le Reilly



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